L'Austérité, Remède Absurde

De nombreux humains raisonnent dans un langage logique, parfois appelé une pensée de bon sens… Si j’ai moins d’argent, je dépenserai moins ! Si je dépense moins, le commerce et l’état collecteront moins ! Si le commerce et l’état collectent moins, que deviendront mes revenus ? etc…

Dans un article de Courrier International traduit de The New York Review of Book, « Un remède pire que le mal », une évidence est mise en exergue : « N’importe quel étudiant le savait : l’austérité ne pouvait qu’aggraver la récession. »
Mais c’était sans compter avec de nouvelles idoles de ce début de XXI° siècle qui soutiennent qu’un état dont la dette publique dépasse 90% du PIB n’est plus viable (Carmen M. Reinhart & Kenneth S. Rogoff) et qu’une politique d’austérité s’impose…

Kenneth Rogoff est resté célèbre pour son conflit avec Joseph Stiglitz. Pas étonnant, ce dernier, Prix Nobel d’Économie en 2001, est considéré comme un tenant du nouveau keynésianisme. Des conceptions économistes qui s’opposent.

Paul Robin Krugman qui signe l’article en question (The New York Review of Book) est Prix Nobel d’Économie en 2008. Il démonte les thèses de Reinhart et Rogoff qui se défendent par des réponses pour le moins évasives...

Le conflit vient d’un article de Thomas Herndon, Michael Ash et Robert Pollin qui évoquent des erreurs de choix et de traitement des chiffres par Reinhart et Rogoff. Avec les mêmes données, ils obtiennent un résultat différent. Pire, le seuil des 90 % est pour eux sans signification particulière, et la relation entre croissance du PIB et endettement n’est pas probante.

Keynes disait : « le bon moment pour l'austérité, c'est le boom, pas la crise. »

Car il semble évident que si la dette publique augmente c’est en partie en raison d’une importante diminution des rentrées en taxes et impôts. Et comme le dit Krugman, « on apprend en première année d’économie, que la baisse des dépenses publiques réduit la demande globale, ce qui entraîne un ralentissement de la production et une dégradation de l’emploi ».

Au-delà des oppositions d’idées évoquées par cet article et tous ceux publiés dans la presse internationale, peu de choses sont dites sur :

  • Les tenants de la limitation des pouvoirs de l’État : moins l’État peut intervenir et plus la nouvelle économie financière libérale a les mains libres pour faire des affaires. L’une des armes de ce courant est la dérèglementation ! Moins l’État régule, plus l’économie est libre…
  • Les effets (les dégâts ?) causés par les AGCS, Accord Général sur le Commerce des Services (GATS en anglais), autre outil de limitation des armes des états et de la pénétration du capitalisme financier dans le champ des services publics…
  • Le rôle de l’évasion fiscale : L’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) estime que la part du commerce mondial qui transite par les paradis fiscaux dépasse aujourd’hui plus de 50% ! C’est dire le manque à gagner des États…donc des populations.

La boucle semble bouclée…
De quelles armes disposent finalement les états face à la dérégulation de l’économie, la vente des services et l’évasion fiscale ?
L'état du monde est selon certains le résultat de la nature humaine, pour d'autres celui de la lutte des classes, les uns pensent qu'il ne faut aucune entrave à la liberté, sans préciser ce qu'elle doit être ou ne pas être, les autres vont jusqu'à tuer au nom de leurs idées, de leurs convictions, de leurs religions... et il en est, trop peu nombreux, pour qui indignation, solidarité, partage sont des mots qui ont du sens.