La stratégie du choc

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Auteur / Nationalité : Naomi Klein / Canada
Titre : La stratégie du choc
Éditeur / Collection : Actes Sud / Babel
Nb de Pages : 828
Genre / Tags : Essai, Économie
Année de Parution : 2008
Isbn : 978-2-7427-9306-8

Auteur de la fiche de lecture : Syliodj

L'auteur :

Naomi Klein, née le 8 mai 1970 à Montréal, est canadienne, journaliste, essayiste, auteur, cinéaste, diplômée de la London School of Economics. Elle a écrit « No logo » (2000), un des livres phare de la la bibliothèque altermondialiste et vient de publier « Tout peut changer. Capitalisme et changement climatique » (Actes Sud, Lux, 2015).

Extrait de 4ème de couverture :

Naomi Klein dénonce avec brio l'existence d'opérations concertées dans le but d'assurer la prise de contrôle de la planète par les tenants d'un ultralibéralisme tout-puissant. Ce dernier met sciemment à contribution crises et désastres pour saper les valeurs démocratiques auxquelles les sociétés aspirent, et leur substituer la seule loi du marché et la barbarie de la spéculation.

A signaler :

Film :

https://www.youtube.com/watch?v=bhS7LnkTkGY censuré vers la fin

https://vimeo.com/39037720 complet

Commentaires :

Ce livre fait appel à de très nombreuses citations et références et il est aussi très solidement argumenté. Il offre au lecteur un précieux décodage de l'ensemble des événements politiques et économiques de la deuxième moitié du XX° siècle comme de ce début de XXIème siècle.

Cet ouvrage met en perspective les vérités de très nombreux pays du monde qui ont eu à faire face à des tragédies de l’histoire, avec des secousses par des réformes économiques néolibérales, une certaine gestion des dettes, du chômage et des privatisations, sans oublier les déréglementations économiques et financières et les destructions des systèmes de protection sociale.

L’utilisation des coups d'État, des renversements politiques, des catastrophes économiques ou naturelles pour imposer des changements économiques très exigeants, voire dévastateurs sur certains plans, aux pays concernés ne fait pas vraiment la une des nouvelles de manière explicite. L’information diffusée par nos médias nous laisse généralement à la surface des faits avec de trop rares réelles tentatives d’analyses mais par contre, avec de très fréquents mensonges avérés ou par omission… comme pour orienter et formater l’opinion publique.

Les différentes techniques politico-économiques énoncées et analysées dans le livre de Naomi Klein sont abominables. Inlassablement, les stratégies construites par les disciples du néolibéralisme, ici pointés sous l’appellation « L’école de Chicago », n'hésitent pas à sacrifier les conditions de vie de millions de personnes en détresse pour permettre la dérèglementation de l’économie et la déconstruction de la protection sociale au bénéfice des plus gros investisseurs à la recherche de profits rapides et conséquents. Car il s’agit de permettre l'enrichissement d’une petite minorité affamée de gains immédiats. Il s’agit aussi de saboter tout système où la solidarité et l'égalité étaient des valeurs partagées, de privatiser la santé, l'enseignement, l'armée, l'énergie, la gestion de l’eau. C’est exagéré ? Absolument pas !

Certaines argumentations d’opposition au livre de Naomi Klein (Voir par exemple https://developpementdurable.revues.org/7533) évoquent des « lendemains de catastrophe … plutôt réglementaires et interventionnistes » de la part des États, qui contrediraient la thèse de Naomi Klein, en citant par exemple la catastrophe industrielle d’AZF ou la crise financière des « Subprimes » qui ont été suivies d'interventions publiques. Suivent des exemples de protestations devant la mauvaise qualité des bâtiments scolaires en Chine suite aux tremblements de terre ou l’intervention des finances publiques dans les cas de crises, catastrophes et guerres... Mais tout cela, en oubliant de dire que ce ne sont que quelques interventions de gouvernements rendues nécessaires face à des situations extraordinaires alors que le reste du temps, ces mêmes états interventionnistes contribuent à la stratégie néolibérale de démantèlement des barrières économiques. Comme un nuage de fumée pour masquer le travail en profondeur réalisé sur le système économique...

D’autres opposants au livre de Naomi Klein évoquent le « le ridicule le plus complet », « une certaine hilarité », « une incompétence économique de l’auteur », « un exercice de propagande », sans jamais pouvoir argumenter autrement qu’en évoquant des États sans cesse plus interventionnistes alors que justement, ces interventions vont toutes dans le sens d’une dérèglementation de l’économie.

La force du livre se trouve dans le fait que la doctrine politique économique des "Chicago Boys" de Milton Friedman est mise en lumière. Elle a été appliquée, et continue de l’être, dans de nombreux pays du Chili de Pinochet en 1973 à l’Irak en 2003, en passant par la Grande-Bretagne Thatchérienne et l’Argentine des années 80, l’Afrique du Sud, la Russie d’Eltsine, la Pologne, la Chine des années 1989-90 et suivantes.

Aujourd’hui, nous entendons de très nombreux politiques dire qu’il faut absolument des « réformes », « des réformes structurelles »… sans jamais expliquer vraiment ce qu’elles sont. L’exemple de la Grèce est éclairant, tout comme l’affirmation le 11 mai 2015 du ministre allemand des finances, Wolfgang Schaüble : « Si le gouvernement grec pense qu’il doit tenir un référendum, qu’il le fasse. Mais peut-être n’est-il pas très judicieux que ce soit le peuple grec qui décide de ce qu’il est prêt à accepter, de ce qu’il convient de faire.». Et s’il en est encore besoin, évoquons encore le même ministre Wolfgang Schaüble cité par Yanis Varoufakis : « On ne peut pas laisser des élections changer quoi que ce soit ».

Il est vrai que l’activité même de l’Euro Groupe, structure sans existence officielle, qui décide de tout ce qui est important pour l’Europe, est un véritable exemple de la démocratie selon Monsieur Schaüble comme pour beaucoup d’autres… Il est également vrai que les discussions autour des accords transatlantiques (TTIP ou TAFTA) n’ont pas besoin d’être dévoilées au bon peuple… il est préférable de les garder secrètes, elles pourraient être mal interprétées…

Pour ouvrir les yeux, établir des liens, lire entre les lignes des informations aseptisées de nos médias, comprendre la réalité qui nous entoure, la lecture de ce livre est indispensable.